Jamais depuis sa création
l’America’s Cup n’avait été
aussi internationale. Les 12 syndicats de la 32e édition
représentent 10 pays et 5 continents et comptent
parmi leurs membres d’équipage pas moins
28 nationalités différentes. Un record en
156 ans d’histoire. La modification des règles
de nationalités par Alinghi suite à sa victoire
en 2001 y est pour beaucoup, mais comme de nombreuses
grandes épreuves sportives, l’America’s
Cup semble suivre inexorablement un courant planétaire
qui tend aux mélanges des langues et des cultures
et aux transferts de compétences d’un pays
à l’autre.
Si la palme de la mixité culturelle
revient proportionnellement au syndicat suédois
Victory Challenge qui dénombre 21 nationalités
sur les 122 personnes composant son équipe, les
autres teams ne sont pas en reste. Chez Alinghi, l’équipe
navigante compte à elle seule 12 nations, soit
près de la moitié des pays représentés
sur l’ensemble des équipages.
En 2001 déjà, le syndicat
suisse avait fait appel aux talents de marins issus des
quatre coins du globe. Un choix certes coûteux -
les équipiers devaient tous être résidents
en Suisse - mais qui peut constituer un investissement
sur l’avenir. Dès sa victoire à Auckland,
Alinghi édicte ainsi le Protocole de la 32e America’s
Cup de façon à assouplir les règles
sur la nationalité et à pouvoir recruter
des équipiers étrangers sans être
soumis à l’obligation de résidence.
On assiste ainsi à l'émergence
de nouveaux pays sur l'événement et à
une internationalité renforcée des navigants.
D'une part, les nouvelles règles permettent à
des pays comme la Chine, qui n'a pas d'expérience
dans l'America's Cup, de se lancer à la conquête
de l’Aiguière d’Argent pour la première
fois de son histoire avec le soutien d'équipiers
en grande partie français. De l'autre, les 12 syndicats
n'hésitent plus à recruter des membres aux
origines très diverses. Personne ne sera donc surpris
de voir à bord des Class America des ressortissants
du Zimbabwe, du Sénégal, de Singapour, de
Croatie ou encore de République Tchèque.
Vers une uniformisation
?
paradoxe dans cette internationalisation
des équipes. D’une part les syndicats continuent
de représenter un Yacht Club, et donc par prolongement
un pays, avec un numéro de voile national. De l’autre,
les équipiers citoyens du pays incarné par
le syndicat sont parfois rares à bord des Class
America, comme chez China Team et Alinghi où les
Chinois et les Suisses représentent moins de 20%
des navigants.
Autre conséquence directe, l’anglais
a une forte tendance à se généraliser
parmi les équipes comme langue universelle. Ainsi
à bord d’Areva, malgré une large majorité
de Français à bord, les équipiers
communiquent principalement en anglais. Doit-on pour autant
crier à une certaine uniformisation risquant de
faire perdre l’essence même de l’America’s
Cup qui se veut, d’après le Deed of Gift,
« une compétition amicale entre des nations
différentes ” ?
A en croire l’engouement du peuple
helvète pour Alinghi, la question n’est pas
au nombre d’autochtones au sein d’une même
équipe. Les Yacht Clubs engagés dans l’America’s
Cup continuent de représenter leur pays, comme
les grands clubs de football, aux équipes très
cosmopolites, trouvent le soutien de toute leur nation
dans la Coupe de l’UEFA ou la Ligue des Champions.
L’ère
Kiwi
La 32e America’s Cup est peut-être
simplement le reflet de l’histoire et des tendances
du monde actuel. Après avoir dominé l’événement
pendant plus d’un siècle, les Américains
présentent certes un syndicat très fort,
BMW Oracle Racing, mais sont en nombre assez limité
(31 navigants sur l’ensemble des 12 syndicats, dont
quatre au sein de leur propre équipage). Leur nombre
et leur influence n'a d'ailleurs cessé de diminuer
depuis les trois dernières éditions. En
2000, ils formaient pas moins de cinq équipes et
aucune d'entre elles ne parvenait au Match final. En 2003,
ils comptaient trois syndicats… tous éliminés
avant l'America's Cup Match. En 2007, BMW Oracle Racing
est désormais le seul syndicat américain.
Face à eux, on ne manque pas
de noter l’émergence de l’Asie, avec
la création du syndicat Chinois, et le retour en
force des Européens avec les équipes françaises,
espagnoles, italiennes (au nombre de 3 !), suisses et
suédoises. Des Européens qui occupent souvent
des postes clefs à bord des Class America. Six
des 14 équipiers danois trouvent par exemple leur
place dans les cellules arrières des Class America.
Mais les champions incontestés
sont les Kiwis. Leurs équipiers sont partout, à
tous les postes, dans quasiment tous les syndicats. A
eux seuls, ils pourraient former près de quatre
équipages complets ! Phénomène de
mode ? En quelque sorte. Après deux victoires consécutives
de la Nouvelle-Zélande dans l’America’s
Cup en 1995 et 2000, les Néo-zélandais sont
logiquement devenus incontournables dans les rangs de
la Coupe.
L’équipage d’Emirates
Team New Zealand est composé à 76% de Néo-zélandais.
C'est d'ailleurs l'équipage le plus national de
cette édition, devant les Italiens de Mascalzone
Latino-Capitalia et les Sud-Africains de Team Shosholoza.
En cas de victoire dans la Louis Vuitton Cup puis dans
l’America’s Cup, les Kiwis pourraient donc,
s'ils le souhaitaient, rédiger le Protocole de
la 33e édition de façon à resserrer
les règles sur la nationalité. A l'heure
de la mondialisation, une telle mesure reviendrait sans
doute à nager contre courant, mais d'autres pays
aux effectifs bien étoffés comme l'Italie,
la France, l'Espagne, les Etats-Unis et l'Australie, y
trouveraient leur compte. Sans oublier qu'avec près
de 30 nations représentées aujourd'hui parmi
les équipiers, le nombre potentiel de pays challenger
a des chances de poursuivre sa courbe ascendante.
Article de Flavie Moloney
LES
CHIFFRES*
Pays représentés
au sein des équipes navigantes
(pays / effectif)
Nouvelle-Zélande : 64
Italie : 59
France : 42
Espagne : 31
USA : 31
Australie : 23
Afrique du Sud : 21
Allemagne : 19
Grande-Bretagne : 19
Suède : 16
Danemark : 14
Suisse : 8
Argentine : 5
Chine : 5
Pologne : 5
Pays-Bas : 3
Canada : 2
Japon : 2
Iles vierges américaines : 1
Irlande : 1
Croatie : 1
République Tchèque : 1
Sénégal : 1
Brésil : 1
Zimbabwe : 1
Finlande : 1
Portugal : 1
Singapour : 1
* Selon le Guide officiel
des équipiers de la 32e America's Cup 2007
Syndicat /
Effectif total / Nombre de nationalités différentes
Victory Challenge / 122 / 21
Alinghi / 130 / 21
BMW Oracle Racing / 150 / 16
Areva Challenge / 75 / 10
Team Shosholoza / 70 / 7