Les nationnalités dans la Coupe
Source : www.americascup.com - 13 avril 2007

Jamais depuis sa création l’America’s Cup n’avait été aussi internationale. Les 12 syndicats de la 32e édition représentent 10 pays et 5 continents et comptent parmi leurs membres d’équipage pas moins 28 nationalités différentes. Un record en 156 ans d’histoire. La modification des règles de nationalités par Alinghi suite à sa victoire en 2001 y est pour beaucoup, mais comme de nombreuses grandes épreuves sportives, l’America’s Cup semble suivre inexorablement un courant planétaire qui tend aux mélanges des langues et des cultures et aux transferts de compétences d’un pays à l’autre.

Si la palme de la mixité culturelle revient proportionnellement au syndicat suédois Victory Challenge qui dénombre 21 nationalités sur les 122 personnes composant son équipe, les autres teams ne sont pas en reste. Chez Alinghi, l’équipe navigante compte à elle seule 12 nations, soit près de la moitié des pays représentés sur l’ensemble des équipages.

En 2001 déjà, le syndicat suisse avait fait appel aux talents de marins issus des quatre coins du globe. Un choix certes coûteux - les équipiers devaient tous être résidents en Suisse - mais qui peut constituer un investissement sur l’avenir. Dès sa victoire à Auckland, Alinghi édicte ainsi le Protocole de la 32e America’s Cup de façon à assouplir les règles sur la nationalité et à pouvoir recruter des équipiers étrangers sans être soumis à l’obligation de résidence.

On assiste ainsi à l'émergence de nouveaux pays sur l'événement et à une internationalité renforcée des navigants. D'une part, les nouvelles règles permettent à des pays comme la Chine, qui n'a pas d'expérience dans l'America's Cup, de se lancer à la conquête de l’Aiguière d’Argent pour la première fois de son histoire avec le soutien d'équipiers en grande partie français. De l'autre, les 12 syndicats n'hésitent plus à recruter des membres aux origines très diverses. Personne ne sera donc surpris de voir à bord des Class America des ressortissants du Zimbabwe, du Sénégal, de Singapour, de Croatie ou encore de République Tchèque.

Vers une uniformisation ?

paradoxe dans cette internationalisation des équipes. D’une part les syndicats continuent de représenter un Yacht Club, et donc par prolongement un pays, avec un numéro de voile national. De l’autre, les équipiers citoyens du pays incarné par le syndicat sont parfois rares à bord des Class America, comme chez China Team et Alinghi où les Chinois et les Suisses représentent moins de 20% des navigants.

Autre conséquence directe, l’anglais a une forte tendance à se généraliser parmi les équipes comme langue universelle. Ainsi à bord d’Areva, malgré une large majorité de Français à bord, les équipiers communiquent principalement en anglais. Doit-on pour autant crier à une certaine uniformisation risquant de faire perdre l’essence même de l’America’s Cup qui se veut, d’après le Deed of Gift, « une compétition amicale entre des nations différentes ” ?

A en croire l’engouement du peuple helvète pour Alinghi, la question n’est pas au nombre d’autochtones au sein d’une même équipe. Les Yacht Clubs engagés dans l’America’s Cup continuent de représenter leur pays, comme les grands clubs de football, aux équipes très cosmopolites, trouvent le soutien de toute leur nation dans la Coupe de l’UEFA ou la Ligue des Champions.

L’ère Kiwi

La 32e America’s Cup est peut-être simplement le reflet de l’histoire et des tendances du monde actuel. Après avoir dominé l’événement pendant plus d’un siècle, les Américains présentent certes un syndicat très fort, BMW Oracle Racing, mais sont en nombre assez limité (31 navigants sur l’ensemble des 12 syndicats, dont quatre au sein de leur propre équipage). Leur nombre et leur influence n'a d'ailleurs cessé de diminuer depuis les trois dernières éditions. En 2000, ils formaient pas moins de cinq équipes et aucune d'entre elles ne parvenait au Match final. En 2003, ils comptaient trois syndicats… tous éliminés avant l'America's Cup Match. En 2007, BMW Oracle Racing est désormais le seul syndicat américain.

Face à eux, on ne manque pas de noter l’émergence de l’Asie, avec la création du syndicat Chinois, et le retour en force des Européens avec les équipes françaises, espagnoles, italiennes (au nombre de 3 !), suisses et suédoises. Des Européens qui occupent souvent des postes clefs à bord des Class America. Six des 14 équipiers danois trouvent par exemple leur place dans les cellules arrières des Class America.

Mais les champions incontestés sont les Kiwis. Leurs équipiers sont partout, à tous les postes, dans quasiment tous les syndicats. A eux seuls, ils pourraient former près de quatre équipages complets ! Phénomène de mode ? En quelque sorte. Après deux victoires consécutives de la Nouvelle-Zélande dans l’America’s Cup en 1995 et 2000, les Néo-zélandais sont logiquement devenus incontournables dans les rangs de la Coupe.

L’équipage d’Emirates Team New Zealand est composé à 76% de Néo-zélandais. C'est d'ailleurs l'équipage le plus national de cette édition, devant les Italiens de Mascalzone Latino-Capitalia et les Sud-Africains de Team Shosholoza. En cas de victoire dans la Louis Vuitton Cup puis dans l’America’s Cup, les Kiwis pourraient donc, s'ils le souhaitaient, rédiger le Protocole de la 33e édition de façon à resserrer les règles sur la nationalité. A l'heure de la mondialisation, une telle mesure reviendrait sans doute à nager contre courant, mais d'autres pays aux effectifs bien étoffés comme l'Italie, la France, l'Espagne, les Etats-Unis et l'Australie, y trouveraient leur compte. Sans oublier qu'avec près de 30 nations représentées aujourd'hui parmi les équipiers, le nombre potentiel de pays challenger a des chances de poursuivre sa courbe ascendante.

Article de Flavie Moloney

LES CHIFFRES*

Pays représentés au sein des équipes navigantes
(pays / effectif)

Nouvelle-Zélande : 64
Italie : 59
France : 42
Espagne : 31
USA : 31
Australie : 23
Afrique du Sud : 21
Allemagne : 19
Grande-Bretagne : 19
Suède : 16
Danemark : 14
Suisse : 8
Argentine : 5
Chine : 5
Pologne : 5
Pays-Bas : 3
Canada : 2
Japon : 2
Iles vierges américaines : 1
Irlande : 1
Croatie : 1
République Tchèque : 1
Sénégal : 1
Brésil : 1
Zimbabwe : 1
Finlande : 1
Portugal : 1
Singapour : 1

* Selon le Guide officiel des équipiers de la 32e America's Cup 2007

Syndicat / Effectif total / Nombre de nationalités différentes

Victory Challenge / 122 / 21
Alinghi / 130 / 21
BMW Oracle Racing / 150 / 16
Areva Challenge / 75 / 10
Team Shosholoza / 70 / 7

 

 

 
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